And clink your glasses together. A soldier’s a man, And a man’s life is short, So let the soldier drink.

Shakespeare, Othello

Première occurrence du « cocktail » en langue française ? 1826. On la doit à la plume d'un certain Benjamin Laroche, traducteur de Fenimore Cooper. Laroche à cette date travaille à la version de L'Espion (1821). Dans ce « roman américain », Cooper fait de l'un de ses seconds rôles, Élisabeth Flanagan vivandière irlandaise, la pionnière du cocktail. Cette matrone de Four-Corners suit les troupes franco-américaine des Insurgents lors de la Guerre d'Indépendance américaine. « Docteur en jupon du régiment », « veuve d'un soldat qui avait été tué au service » , elle réchauffe le corps et le cœur des soldats de ses breuvages. Le personnage n'a rien d'une délicieuse bartender poudrée : « ses défauts consistaient en un penchant trop vif pour les liqueurs, une malpropreté excessive et l'oubli de toute retenue dans ses paroles. » Mais qu'importe, « Betty avait le mérite d'avoir inventé ce breuvage qu'on appelle cocktail, qui même encore aujourd'hui est si généralement connu des patriotes qui voyagent pendant l'hiver de la capitale commerciale à la capitale politique des États-Unis. »

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Personnage de fiction de l'Amérique de Washington ? Sa réalité historique a fait débat. A Lewiston (New York) la légende à la vie dure et l'on peut trouver une pancarte indiquant l'hôtel Flanagan. Cooper s'est peut-être inspiré d'une bartender bien réelle et originaire de la région, Catherine Hustler, tenancière du Frontier House

Dans tous les cas, elle devint personnage de légende, légende qui ne cesse de s'orner -comme les mauvais alibis - de nouveaux détails. Elle souffre même de télescopage d'histoires plus anciennes.

Ainsi un soir, elle aurait concocté un mélange de rye, de rhum et de jus de fruit qu'elle aurait décoré d'une plume de coq volée sur les volailles d''un voisin anglais « Tory » (loyaliste) par défi.

Un officier français aurait alors salué la boisson par un « Vive le cock tail ! ».  D'où vient l'anecote ? Elle ne nous est pas offerte par Cooper. Mais elle connaîtra un grand succès.

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Car Betty Flanagan hante la psyché du buveur américain. Le mythe de la mère nourricière des soldats insurgés ancre le cocktail dans le sol yankee et dans l'histoire de ses origines patriotes.

« Vieille mère Flanagan, viens remplir nos verres ; car tu peux les remplir comme nous pouvons les vider, bonne Betty Flanagan » et nunc est bibendum.