La première génération surréaliste, le fait est établi, "fréquente les cafés", pour user de fin euphémisme. Il faut à ces jeunes gens une boisson à la hauteur de leur modernistes apsirations. Cela sera le cocktail !

Dans un poème en prose inédit de 1922, Les Nouvelles Hébrides, Robert Desnos fait de la boisson américaine l'unique fil conducteur d'un récit éléctrique, chaotique et affolé. Arrivé au bras d'une fantomique Miss Flowers dans la salle du Pélican's bar, Desnos commande les boissons :

shake_your_gun

 

 

« Le barman sortit son revolver. « Haut les mains », cria-t-il. Tous les consommateurs obéirent. Seul je me mis à rire : « Ce revolver n’est qu’un sexe tranché, cet homme est un eunuque. » Le barman ne bougea pas. Je le touchai. Il mit la chose sans sa poche et partit. Les autres personnages firent de même. Nous restâmes seuls Flowers et moi. Les êtres du dirigeable entrèrent. Ils étaient trente. Ils sautèrent gracieusement sur les tables, sur le comptoir et nous confectionnèrent un cocktail dont voici la formule :

Kummel 1/5

cherry brandy 1/3

fine 2/15

whisky 2/15

gin 3/15

angustura XX gouttes

glace et ronds de citron. »